Mairies Ouvertes : cinq communes de Labé font le premier pas vers une gouvernance citoyenne
En Guinée, la relation entre citoyens et institutions locales reste souvent distante. Les communes fonctionnent, les décisions se prennent, mais les populations disposent de peu d’espaces pour s’informer, questionner ou participer. C’est précisément ce que le projet « Mairies Ouvertes : agir ensemble pour la démocratie locale » entend changer – commune par commune, dans la durée.
Entre le 27 avril et le 12 mai 2026, l’Association Villageois 2.0, en partenariat avec le CCFD-Terre Solidaire et avec le soutien financier de l’Union européenne, a officiellement lancé ce projet dans cinq communes de la préfecture de Labé : Sannou, Daralabé, Popodara, Kaalan et la commune urbaine de Labé. En quinze jours, cinq cérémonies, trente-sept participants, et cinq Comités Locaux de Redevabilité (CLR) officiellement constitués.
Restituer, débattre, décider ensemble
Dès la première cérémonie, le projet a affiché clairement sa méthode : pas de présentation descendante, mais une restitution collective des résultats. Dans chaque commune, les conclusions du diagnostic et de l’étude de base – conduits entre fin 2025 et début 2026 – ont été soumises aux participants pour être commentées, questionnées et enrichies. Autorités locales, représentants de la société civile, agents communautaires, organisations à base communautaire chacun a pris la parole. Chacun a contribué à l’identification des priorités locales.
Cette démarche participative n’est pas un détail de forme. Elle est le cœur du projet. Car Mairies Ouvertes repose sur la conviction que les solutions durables en matière de gouvernance locale émergent de ceux qui connaissent le mieux leur territoire.
De Sannou à Labé
La première cérémonie s’est tenue à Sannou, sous la présidence du capitaine Ousmane Kébé, sous-préfet de la localité. Après la restitution des études et l’installation du premier CLR, l’équipe a rendu visite à la notabilité locale, en présence du grand imam. Ce geste, répété dans chaque commune, traduit une position claire du projet : les leaders religieux et traditionnels ne sont pas des spectateurs de la gouvernance locale, ils en sont des acteurs à part entière, et le projet les reconnaît comme tels.
À Daralabé, le sous-préfet a présidé la cérémonie dans la salle de réunion de la municipalité. Le deuxième CLR a été constitué à l’issue d’échanges constructifs qui ont, une nouvelle fois, confirmé la pertinence de l’approche participative retenue.
Le 1er mai, c’est à Popodara que s’est tenu le troisième lancement. Un jour férié, mais des citoyens mobilisés. Sous la présidence du représentant de la sous-préfète, en présence des représentants des OBC, des OSC, des districts et de la Cellule de Veille sur la Gouvernance Locale, le troisième CLR a été mis en place avec pour ambition partagée de faire de la participation citoyenne un levier de développement local.
Le 6 mai, à Kaalan, à quinze kilomètres à l’est de Labé, le quatrième lancement a réuni le sous-préfet, le président de district, le représentant de la CVGL et les Agents Communautaires. Même rigueur dans la méthode, même qualité dans le débat.
La cinquième et dernière cérémonie s’est tenue à la Maison Digitale de Labé, devant une assemblée qui reflétait l’envergure du projet : Amadou Sy, représentant la Direction préfectorale de l’administration du territoire et de la décentralisation ; Elhadj Mamadou Mouctar Diallo, secrétaire général de la commune urbaine de Labé ; des chefs de quartier, des Agents Communautaires, des représentants de la CVGL, des responsables d’ONG et de Javier Medrano, chargé de programme de gouvernance à la Délégation de l’Union européenne en Guinée. La genèse du projet a été présentée par Mamadou Saidou Diallo, responsable de mobilisation communautaire, avant que Sally Bilaly Sow, coordinateur du projet et Directeur exécutif de l’Association Villageois 2.0, n’expose les résultats des études de diagnostic et de base.
Ce que Mairies Ouvertes va construire en trois ans :
- Sur la durée du projet, l’action s’organisera autour de cinq axes complémentaires;
- Le renforcement des capacités des OSC, OBC et citoyens s’appuiera sur des formations, des outils pédagogiques et un mécanisme de financement en cascade destiné à huit structures locales;
- Des Tribunes d’Expression Citoyenne (TEC) offriront des espaces de dialogue concrets, ouverts à tous les acteurs du territoire;
- Les élus locaux bénéficieront d’un appui ciblé pour renforcer la redevabilité de leur action;
- Les médias locaux seront soutenus dans leur rôle d’information et de mise en débat des affaires publiques;
- Enfin, les leaders religieux et traditionnels seront pleinement associés à la démarche, en cohérence avec la place qu’ils occupent dans la vie des communautés.
Cinq maillons pour un réseau citoyen
Cinq communes. Cinq Comités Locaux de Redevabilité. Un dispositif désormais complet. Chaque CLR est composé de cinq membres issus de la localité, chargés de suivre, de vérifier, d’alerter et de rendre compte. Ensemble, ils forment un réseau citoyen qui couvre l’ensemble des zones d’intervention. Un premier résultat, obtenu dès les premières semaines du projet.
Mairies Ouvertes n’en est qu’à ses débuts. Ce lancement a posé quelque chose d’essentiel : la confiance que les citoyens de cinq communes accordent à une démarche qui les place, pour de vrai, au centre de leur propre gouvernance.
Le projet « Mairies Ouvertes : agir ensemble pour la démocratie locale » est porté par l’Association Villageois 2.0, en partenariat avec le CCFD-Terre Solidaire, avec le soutien financier de l’Union européenne. Il est mis en œuvre pour une durée de trois ans dans cinq communes de la préfecture de Labé, en République de Guinée.